Les fossiles les plus caractéristiques sont des organismes surtout d’origine récifale (éponges, coraux, brachiopodes, mollusques, etc.). Dans le Crétacé inférieur (130 millions d’années), deux fossiles célèbres méritent d’être signalés : le rudiste Heterodiceras luci et le gastéropode géant Leviathania sautieri.
Le rudiste Heterodiceras luci
Cette espèce, représentée par deux spécimens, fut récoltée en 1771 dans les anciennes carrières de Monnetier par Guillaume-Antoine Deluc (1729-1812), un naturaliste genevois. De Saussure les figura dans le chapitre consacré au Salève de ses fameux Voyages dans les Alpes parus en 1779. Le dernier écrit à propos de ces bivalves : « Le Mont Saleve renferme dans l’intérieur de ses couches calcaires, une grande variété de corps marins pétrifiés, des Peignes, des Térébratules, des Gryphites, des Entroques, des Coraux, et plusieurs espèces de Madrépores, dont M. De Luc le cadet a formé une collection très-intéressante. Mais les pétrifications les plus singulières que renferme le Mont Saleve, sont deux coquillages bivalves, inconnus aux Naturalistes, et dont on doit la découverte au même M. De Luc. Ces coquillages se trouvent enclavés dans un roc calcaire, dont on ne peut les séparer qu’en sculptant le rocher à mesure qu’on les découvre : cette opération exige tout le zèle, toute la dextérité et toute la patience de ce savant Naturaliste ». Ces lignes consacrées à la paléontologie dans une oeuvre du 18ème siècle doivent être soulignées car à l’époque, cette science et les informations que l’on peut en tirer sont complètement inconnues.
Le gastéropode géant Leviathania sautieri
Cet organisme a été rebaptisé à maintes reprises (Natica leviathan, Strombus sautieri, Leviathania leviathan et finalement Leviathania sautieri). Toutefois, le premier nom a été conservé pour désigner dans la région le niveau qui renferme cette espèce : « Assise à Natica leviathan ». Et aussi un fait curieux : on ignore les raisons de l’absence d’illustration de ce gastéropode dans la littérature alors qu’il est remarquable par sa taille (les plus gros échantillons atteignent 20-30 cm de hauteur), par l’élégance de ses formes et par le fait qu’il fut considéré pendant près d’un siècle comme un marqueur stratigraphique dans le Crétacé inférieur régional.
Les microfossiles
Deux chercheurs attachés au Muséum d’histoire naturelle de Genève, Etienne Joukowsky (1869-1948) et Jules Favre (1882-1959) ont marqué leur époque par leurs travaux géologiques sur le Salève, dont ils rendront compte dans leur célèbre Monographie parue en 1913, une œuvre qui ne fut suivie d’aucune autre de cette envergure sur le sujet, jusqu’à nos jours. Alors que la micropaléontologie n’en est qu’à ses premiers balbutiements, ces deux scientifiques décrivent le microorganisme Ammocycloloculina erratica. Ceux qu’ils ne reconnaissent pas mais qui se trouevnt dans la collection qu’ils constituent seront décrits plus tard par l’école genevoise sous l’impulsion de Paul Brönnimann (1913-1993) : Coprolitus salevensis, Montsalevia elevata, Keramopshaera allobrogensis, Pseudotextulariella salevensis, etc.
Textes : Jean Charollais (Université de Genève) et Danielle Decrouez (Muséum de Genève)