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Histoire

Le téléphérique du Salève, une belle histoire

« Ce fut comme un avion : les maisons s’aplatirent ; le paysage s’élargit de seconde en seconde, le radeau aérien montait, glissant sur cet incroyable fil qui portait notre vie. Grand lac bleu aux courbes sinueuses, campagne d’un vert nourri et tendre, monts qui se découvraient gradin par gradin et, de tous côtés, le ciel, voilé qui s’offrit à moi tandis que couché sur les planches frémissantes, penché sur un beau gouffre qui se creusait davantage à chaque instant, j’interrogeais l’espace. (...) Plus près au sommet du Salève, qui est le premier contrefort dressant à pic ses huit cent mètres de rochers sur la campagne genevoise, on apercevait une masse blanche, un bloc qui se détachait du fond sombre, qui s’enlevait sur lui avec la vigueur et la précision propres aux travaux humains et qui ressemblait à un grand phare aveugle. En vérité la vue de ce monument singulier faisait pour moi tout le prix d’une si belle journée. »(Joseph Kessel, Le Messager, 29 octobre 1932)

Une réalisation pionnière

Le téléphérique du Salève inauguré en août 1932 est salué comme une réalisation d’avant-garde tant sur le plan technique qu’au niveau de son architecture. Il est le fruit de la collaboration entre le promoteur Auguste Fournier, l’architecte genevois Maurice Braillard, un ingénieur civil lui aussi genevois, Georges Riondel et l’ingénieur parisien André Rebuffel, spécialiste des téléphériques. Cet ouvrage remplace le chemin de fer électrique du Salève créé en 1890 et qui faisait partie de l’extension du réseau genevois des transports ; réseau qui alors ne se limitait pas aux frontières du canton mais rayonnait dans plusieurs directions jusqu’aux principales localités de France voisine.

Véritable œuvre architecturale , le téléphérique du Salève construit le paysage qui s’organise entre ville et montagne et se distingue des équipements qui abondent sur les domaines skiables. Il se rapproche plus des ascenseurs urbains ou des anciens funiculaires qui avaient pour but non seulement le transport mais aussi la mise en valeur d’un territoire et sa perception. La ville se donne ainsi à voir pour les autres (touristes et visiteurs) autant que pour elle-même : grâce à la vision aérienne, son territoire se définit et s’étend en même temps. Par l’intermédiaire du téléphérique, le cadre montagneux du Salève devient un atout touristique pour la ville qui s’en trouve renforcée par effet de contraste dans son urbanité.

La station supérieure, avec son projet d’hôtel, est conçue comme un volume aux arêtes précises qui déborde et bloque les éléments dynamiques qui s’élancent vers le vide. L’expression architecturale (expression du béton brut, bandeau vitré, porte-à-faux) de cet objet s’inscrit dans la grande lignée des projets industriels (gares modernes, barrages, usines) d’où tout romantisme montagnard est absent. Toutefois la station supérieure est restée inachevée par manque de moyens financiers. Ainsi l’hôtel, ses escaliers et les espaces de services attenants n’ont jamais été réalisés de sorte que le restaurant panoramique en belvédère (200 couverts) n’a, lui non plus, jamais pu être mis en service. La station inférieure, bien que moins spectaculaire que la station supérieure, possède elle aussi de grandes qualités architecturales. Le bâtiment est composé d’un corps groupant machinerie, service de billetterie, aire d’embarquement et d’une tourelle latérale en porte-à-faux.

Usages et évolution de l’exploitation

La période la plus faste d’exploitation est celle des cinq années qui suivent l’inauguration de l’ouvrage , pendant lesquelles il n’est pas rare d’attendre pendant une heure avant de pouvoir accéder aux cabines. On peut compter jusqu’à 2000/2500 passagers certains dimanches. Avec l’ouverture de la route d’accès aux Treize-Arbres (1936) une première baisse de fréquentation est enregistrée. Pendant la deuxième guerre mondiale, le Salève, utilisé par les troupes allemandes comme un poste d’observation, est déserté et l’activité du téléphérique est suspendue pendant huit ans. En 1947, le téléphérique est remis en fonction et participe au début de la télévision suisse romande avec le tournage d’une émission expérimentale captée depuis les studios de la radio à Genève.

En 1951, le câblage et le système technique du téléphérique sont changés une première fois. On offre alors un billet combiné tram et téléphérique. En 1962, le téléphérique fête ses trente ans d’existence et ses 3 millions de passagers, mais sa fréquentation ne cesse de baisser comme celle du restaurant adjacent qui fermera en 1973. Sur ordre des services de sécurité l’exploitation du téléphérique est pour sa part suspendue en 1975.

En 1984, d’importants travaux de remise aux normes de l’infrastructure occasionnent le changement complet de tous les éléments techniques. Les cabines, d’une capacité de 60 personnes, sont également prévues pour accueillir des ailes de deltas et transportent sous leur plancher un réservoir qui permet à chaque voyage de monter 2000 litres d’eau potable au restaurant. Le parcours ne prend plus que trois minutes pour un débit d’environ 900 personnes par heure.

Dans le cadre de ces travaux, la démolition puis la reconstruction de la station inférieure est entreprise ainsi que le rachat de terrains adjacents aménagés pour des places de stationnement (140 places). Au niveau de la station supérieure, la rénovation préserve globalement l’intégrité du volume d’origine, mais sa force d’évocation est amoindrie : le béton brut est crépi et peint, les vitrages et serrureries du couloir d’accès à l’embarquement sont entièrement remplacés. La salle en belvédère est recouverte d’un bardage métallique où sont entreposées des installations techniques.

Conjointement à ces travaux sur l’infrastructure, une place de jeux pour enfants sur un terrain de 5000 m2 et un sentier botanique sont créés dans le but de renforcer l’attrait de ce massif.


Un nouvel élan pour un nouvel avenir

En janvier 2008, le téléphérique change d’exploitant . Il est désormais géré, pour une durée de 5 ans, par Veolia Transport pour le compte du GLCT (Groupement local de coopération transfrontalière) nouveau propriétaire du téléphérique du Salève .

Pour poursuivre la dynamique engagée, le GLCT a œuvré au cours de l’année 2008 pour la réouverture prochaine du restaurant du téléphérique. Ce sera chose faite début mars 2009 avec un tout nouveau restaurant, à l’architecture intérieure entièrement revu et aux mets très prometteurs.

Chacun pourra ainsi s’évader des réalités urbaines, s’élever pour apprécier la vue exceptionnelle sur Genève et les Alpes tout en dégustant un simple café ou un menu gourmand !

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